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Rue du Blogule Rouge Insoumis

Rue du Blogule Rouge Insoumis

Dans la rue du blogule rouge on s'intéresse à toutes les affaires de la cité et des citoyens.

Publié le par rue du blogule rouge

Pourquoi donc, petit mouton, ne pas t’être déplacé, comme beaucoup, pour accueillir Charline Picon en gare de La Rochelle ?

Mais alors, pas de photo de, ou avec, la championne sur le quai ou le parvis, pas de tweet de félicitations, pas de gazouillis de support indéfectible sur fesse-de-bouc ?

Serait-ce par insensibilité à l’exploit sportif ? N’y-a-t-il pas là une traitrise à la patrie reconnaissante envers ses gladiateurs ?

Pourtant, les images de sport, olympique de surcroît, sont un spectacle de choix, pourvoyeur de bien des émotions et de bien des admirations.

Cependant, contrairement, semble-t-il, à la plupart de ses nouveaux thuriféraires, Charline, le grand public, même rochelais, ne la connaissait guère. Il n’en avait même souvent jamais entendu parler, avant, devant sa télé, de la voir gagner la médaille d’or dans sa dernière manche de régate à Rio. Un exploit ? Historique (comme disent les journalistes) ? Peut-être ! En tous les cas, certainement une excellente performance sportive, car, pour un athlète, une victoire aux JO, ce n’est bien sûr pas anodin !

C’était, à l’évidence, bien plus que cela, pour ceux qui étaient venus accueillir l’athlète à sa descente du train et aussi peut-être, diront les mauvaises langues, profiter de sa notoriété nouvelle : “Une formidable victoire“ a expliqué Olivier Falorni, “un exemple à suivre pour tous les jeunes Rochelais“ a insisté Catherine Léonidas et quant à Jean-François Fountaine, si on oubliait rapidement le détail de ses propos dont la teneur était en gros : “une victoire pour La Rochelle et toute la Charente-Maritime“, on croyait deviner un non-dit : “une victoire pour moi !“

Et tous les présents à cet accueil officiel d’entonner -impromptu- la Marseillaise. Pourquoi l’hymne national pour un accueil local ? Il s’agissait sans doute de souligner la portée nationale de cette victoire internationale. N’était-ce pas un peu une façon de sous-entendre : “Regardez comme nous sommes beaux et forts, nous, les Rochelais, les Charentais-Maritimes qui sommes aussi des Français“…

Car, c’est notable, les JO, comme souvent, mais cette fois de façon encore plus évidente que d’habitude, ont fourni l’occasion d’une exacerbation d’un nationalisme particulièrement chauvin.

Ah ! Les médailles, les médailles ! Comme c’était important à les entendre tous, les médailles françaises ! Seulement participer aux JO ? Ah ! Non ! C’est trop ringard ! Ce qui compte, c’est d’y gagner une médaille ! Au point que la télévision, toutes chaînes confondues, était prête – et ça s’est produit plusieurs fois - à interrompre la diffusion d’une épreuve sportive en cours pour montrer en direct un podium où il y avait des Français.

Quant aux commentaires… Ils ont le plus souvent fait montre du chauvinisme le plus étroit. On a même entendu un journaliste introduire ainsi sa question à un Français qui venait de remporter une médaille d’argent : “Dans la course que vous avez gagnée …“, car, souvent, une médaille d’argent, si elle est française, “elle vaut de l’or“ ! La dérive est même allée parfois encore plus loin lorsqu’un animateur s’est permis de dire que les médailles de la boxe allaient permettre une meilleure intégration des jeunes qui les avaient gagnées. Heureusement, il s’en est trouvé un autre pour lui rappeler que les jeunes en questions n’avaient pas besoin d’intégration, étant déjà “Français depuis deux ou trois générations“.

Quotidiennement, le décompte, heure par heure, des médailles obtenues, a pris le pas sur toute autre considération. Peu importaient les règles du hockey sur gazon puisqu’il n’y avait pas de Français, peu importait le spectacle de la lutte gréco-romaine puisqu’il n’y avait pas de “Français médaillables“ suivant le jargon de nos journalistes sportifs.

Car il ne s’agissait en aucune manière de faire découvrir au grand public, à l’occasion de leur exposition médiatique mondiale, la beauté ou les particularités de telle ou telle discipline sportive, mais uniquement de flatter la fibre nationaliste et chauvine de tout un chacun. Peut-on admettre l’explication sous-tendue : plus la quantité de médailles obtenue est importante, meilleure est la santé du pays qui les a obtenues ? Il fallait d’ailleurs les entendre critiquer ce poncif, et peut-être avec raison, ces mêmes journalistes, lorsque dans un passé pas si lointain, les médailles étaient plutôt soviétiques ou allemandes de l’Est. Par ailleurs, l’exclusion des Russes n’est-elle pas à prendre en compte dans les comparaisons du décompte des médailles à Londres ou Pékin, où devrait aussi intervenir le nombre de médailles distribuées, sans quoi ces statistiques n’ont guère de sens.

Une autre question se pose : les médias des autres pays font-ils la même chose ? On croit deviner aisément la réponse : c’est oui ! Les sportifs britanniques professionnels du “secteur de réussite“ bénéficient ainsi d’une manne qui leur permet de briller aux JO. Pourquoi ? Si les gouvernants britanniques ont voulu redorer le blason sportif auprès de leur opinion publique, n’est-ce pas à l’évidence pour mieux la contrôler ?

Ils ont ainsi suscité l’envie des autres opinions publiques nationales. Ne faudrait-il pas les imiter, quittes à délaisser encore plus, nous aussi “le secteur amateur“, “le sport de masse“, comme on voudra l’appeler, en tous les cas, toutes ces activités de monsieur-tout-le-monde qui ne rapportent pas de médaille aux jeux et donc pas de considération populaire ? Car c’est cet engouement pour une certaine image du sport qui permettrait de gouverner dans un calme relatif. Ce serait pour certains l’idéal si cet enthousiasme artificiellement suscité pour “nos“ champions permettait parfois aussi d’étouffer des velléités revendicatrices ou au moins d’empêcher de se poser des questions possiblement subversives plutôt que de céder toujours à la dictature de l’émotion. On n’est pas loin du tout des jeux antiques, des combats de gladiateurs, qui occupaient la plèbe, plus très loin non plus de la fiction des Hunger games…

Quant au dopage … Après l’exclusion des JO de toute l’équipe d’athlétisme russe, on pouvait espérer des jeux sans triche ou au moins une vigilance accrue dans ce domaine. Il semble au contraire que les contrôles aient été pour le moins bâclés faute de personnel (les Brésiliens avaient d’autres urgences).

Faut-il alors rejeter les JO dans leur ensemble ? Certainement pas ! Le sport et ses images nos procurent trop d’évidentes délices. Mais ne soyons pas aveugles et n’allons pas forcément où les médias veulent nous amener pour prendre sans autre réflexion le train du chauvinisme : sur le quai de la gare.

Alors, bravo, Charline, fais-nous rêver, mais ensuite, ouvrons les yeux sur les réalités !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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