Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Rue du Blogule Rouge Insoumis

Rue du Blogule Rouge Insoumis

Dans la rue du blogule rouge on s'intéresse à toutes les affaires de la cité et des citoyens.

Publié le par rue du blogule rouge
IL Y A 100 ANS : UNE RÉVOLUTION DE -BON- CONSEIL ?

Du 3 au 15 mars (calendrier grégorien)

Du 18 février au 2 mars (calendrier julien)

 

IL Y A 100 ANS, LA RÉVOLUTION DE FÉVRIER ORGANISE UN DES PREMIERS SOVIETS

Que signifie le mot russe “soviet“ en français ? Rien d’autre que : “conseil“ !

Il y a tout juste un siècle, un événement d’une portée considérable se produisait en Europe : le Tsar de toutes les Russies allait devoir abdiquer en pleine guerre mondiale après plusieurs siècles d’un pouvoir autocratique sans partage se réclamant de droit divin,  le tsarisme disparaître et le monde entier découvrir une nouvelle forme de pouvoir au travers du soviet de Pétrograd.

Vladimir Ilitch Oulianov (Lénine)

Vladimir Ilitch Oulianov (Lénine)

"Comment a pu se produire ce “miracle“ qu'en 8 jours seulement (..) une monarchie se soit effondrée qui avait tenu durant des siècles et résisté en dépit de tout, pendant 3 années de plus grandes batailles sociales livrées par le peuple de 1905 à 1907 ?“

... questionnait dès le 20 mars 1917 dans la Pravda, un certain Vladimir Ilitch Oulianov (Lénine).

Et de proposer sa réponse :

Il a fallu, pour que la monarchie tsariste pût s'effondrer en quelques jours, le concours de tout un ensemble de conditions d'une portée historique mondiale.“

Et de préciser ensuite quelles étaient ces conditions :

“La première Révolution (celle de 1905) avait “ameubli“ le terrain (déraciné es préjugés séculaires, éveillé à la vie politique des millions d'ouvriers et des dizaines de millions de paysans). La contre-révolution qui l'a suivie (1907 à 1914) a fait apparaître la nature même de la monarchie tsariste (cynisme, pourriture, corruption, turpitude - avec Raspoutine en tête).

La guerre impérialiste mondiale en a été le grand accélérateur."

Un contexte de crise sociale

La Russie était encore en ce début de l'année 1917 une monarchie absolue de droit divin. Le servage y avait été aboli 56 ans plus tôt,  en 1861, mais la classe dominante restait la noblesse terrienne. 30 000 propriétaires possédaient autant de terres que 10 millions de familles. Une partie des paysans, les koulaks, s'était enrichie et constituait une sorte de bourgeoisie rurale soutenant le régime, mais le nombre de paysans sans terre avait augmenté, créant un véritable prolétariat rural.

Le capitalisme était en voie d'expansion mais le pays demeurait très en retard sur le reste de l'Europe : la production industrielle de 1913 était deux fois et demie inférieure à celle de la France et six fois moins que celle de l'Allemagne. Les capitaux étaient pour la moitié, étrangers.

Malgré cela, l'industrialisation rapide conduisit à de très fortes concentrations ouvrières surtout à Petrograd et à Moscou.

Il y avait environ 4 millions d'ouvriers/ères en 1914.

La situation sociale ne fit qu'empirer avec la Première guerre mondiale, dans laquelle la Russie était engagée aux côtés de la France et de l'Angleterre. 

Les pertes atteignirent 1 700 000 morts et  7 950 000 blessés. Des mutineries éclatèrent. Le moral des soldats était au plus bas. Ils supportaient de plus en plus difficilement l'incapacité de leur officiers (on avait vu des unités monter au combat avec des munitions ne correspondant pas au calibre des fusils !), ainsi que les brimades et les punitions corporelles en usage dans l'armée.

À l'arrière du front, stabilisé depuis l'hiver 15/16, la situation se dégradait : les grèves se multipliaient dans les usines (plus d'un million de grévistes en 1916) et les accrochages avec la police se faisaient plus fréquents (4 morts en juin 1915, 16 morts en août...). Les lois de mobilisation provoquèrent une révolte de taille au Kazakhstan. Fin 1916, le total des déserteurs atteignit 1 million...

Dans les villes comme dans les campagnes, la misère s'aggravait, pendant que l'opulence et la corruption régnaient à la Cour, dans l'aristocratie et la bourgeoisie.

L'hiver 1916/1917 fut très rude (jusqu'à -40°C). À Petrograd, il n'y avait plus de viande et presque plus de farine. Une cinquantaine d'usines avaient fermé leurs portes faute de fuel ou d'électricité.

Le 9 janvier 1917, à l'occasion du 12ème anniversaire de la révolution de 1905, le nombre de grévistes à Petrograd, s'élevait déjà à 145 000, soit près d'un tiers de la classe ouvrière de la capitale. Au cours de cette journée, des manifestations se déroulèrent à Petrograd, Moscou, Bakou, Nijni Novgorod. 

L'idée de grève générale se faisait jour.

L’ENCHAINEMENT DES ÉVÉNEMENTS

Du mouvement social aux revendications politiques !

Même si l’instabilité politique du pays était la règle, avec des changements ministériels incessants, avec aussi avec l’influence délétère prise par l’aventurier Raspoutine jusqu’à son assassinat (fin décembre 1916)  ; même si, à cette date, l’économie, ravagée par la guerre, était en déclin et que la misère, accentuée encore elle aussi par la guerre, était sans fond et prégnante depuis longtemps parmi le peuple ; même si des grèves avaient auparavant éclaté et des manifestations été interdites les mois précédents,  ce qu'on nommera par la suite “la révolution  de Février“ et qui a duré officiellement du 8 au 13 mars 1917, semble, en réalité, avoir commencé le 3 mars (18 février, pour le calendrier Julien) 1917.

Lors de la grève des ouvriers de l'usine Poutilov, une usine d’armement qui était la plus grande entreprise de Petrograd, l’approvisionnement en pièces détachées étant interrompu avec la guerre, la direction de l’usine choisit en effet de lockouter ses ouvriers, provoquant de premières grandes manifestations.

Des  incidents importants éclatèrent aussi le 5 mars (20 février) 1917, dus à la rumeur de l'instauration d'un rationnement du pain  qui déclencha la panique.

 

 

Usine Poutilov

Usine Poutilov

 

Dans le même temps, le tsar Nicolas II, absolument inconscient du danger malgré plusieurs rapports de police éloquents et rassuré peut-être par un entourage apparemment totalement incompétent, quittait Petrograd pour Moguilev (en Biélorussie, à quelques 800 km de Petrograd) où se trouvait le GQG (Grand Quartier Général).

Nicolas II

Nicolas II

 

Les exigences économiques (« Du pain, du travail ! ») furent les déclencheurs d'un mouvement revendicatif qui, au départ, n'avait rien de réellement révolutionnaire.

La date officielle du début de la révolution est le 8 mars (23 février) 1917. Ce jour là, lors de la Journée internationale des femmes, plusieurs cortèges de femmes (étudiantes, employées, ouvrières du textile du faubourg de Viborg) manifestèrent dans le centre-ville de Petrograd pour réclamer du pain. Leur action fut soutenue par des ouvriers qui quittèrent le travail pour les rejoindre. Les rangs des manifestants grossirent, les slogans prirent une tonalité plus politique. Aux cris contre la guerre, les grévistes mêlèrent des « Vive la République ! » et des ovations pour un régiment de cosaques refusant d'intervenir.

Manifestation des femmes

Manifestation des femmes

 

Le lendemain, le mouvement de protestation s'étendit : près de cent cinquante mille ouvriers grévistes convergèrent vers le centre-ville. Les cosaques étaient débordés et ne parvenaient plus à disperser la foule des manifestants.

Des meetings s'improvisèrent et, le 10 mars (25 février) 1917, la grève était générale.

Le coup de poing de la répression sert de coup de pouce à la révolution

Les manifestations allèrent en s'amplifiant. Les slogans étaient de plus en plus radicaux : « À bas la guerre ! », « À bas l’autocratie ! ». Les confrontations avec les forces de l'ordre provoquèrent des morts et des blessés des deux côtés.

Dans la soirée du 10 mars (25 février) 1917, Nicolas II ordonna de « faire cesser par la force, avant demain, les désordres à Petrograd ». C’était démontrer le refus de toute négociation, de tout compromis. Il ne fit que provoquer le basculement du mouvement social en une révolution politique.

L'empereur mobilisa les troupes de la garnison de la ville pour mater la rébellion.

Le 11 mars (26 février), vers midi, la police et la troupe ouvrirent le feu sur une colonne de manifestants. Plus de cent cinquante personnes furent tuées, la foule reflua vers les faubourgs. Mais les soldats commençaient à passer dans le camp des manifestants : la 4ème compagnie du régiment Pavlovski ouvrit le feu sur la police montée.

Désemparé, n'ayant plus les moyens de gouverner, l'empereur proclama l'état de siège, ordonna le renvoi de la Douma et nomma un comité provisoire.

 (La Douma était le Conseil consultatif de l'Empire russe, instauré à la suite de la Révolution de 1905. Cette Douma constituait la Chambre basse, tandis que le Conseil d'État était la Chambre haute. Cette concession avait fait de la Russie une monarchie constitutionnelle, mais non parlementaire, puisque le ministre, nommé par l'empereur, ne dépendait pas de l'Assemblée.)

L'insurrection aurait pu s'arrêter là mais, dans la nuit du 11 au 12 mars (26-27 février), un événement fit basculer la situation : la mutinerie de deux régiments d'élite, traumatisés d'avoir tiré sur leurs “frères ouvriers“. La mutinerie se répandit en l'espace de quelques heures.

Au matin du 12 mars (27 février) 1917, soldats et ouvriers fraternisant, s'emparaient de l'arsenal, distribuaient des fusils à la foule et occupaient les points stratégiques de la capitale. Au cours de la journée, la garnison de Petrograd (environ 150 000 hommes) passa du côté des insurgés.

La formation du soviet (conseil) de Petrograd

Les militants révolutionnaires tentèrent alors d'organiser et de canaliser le mouvement. Les principaux dirigeants bolchéviks (appartenant à la fraction majoritaire du Parti Ouvrier social démocrate de Russie et partisans d’une dictature du prolétariat), étaient cependant en exil, comme Lénine (en Suisse) ou Trotsky (à New-York), ou en déportation en Sibérie, comme Staline. Les menchéviks (appartenant à la fraction minoritaire du parti Ouvrier Social démocrate de Russie et partisans d’une alliance avec la bourgeoisie libérale) prirent alors la tête du soviet de Pétrograd.

Le 10 mars (25 février) 1917, lors d'une réunion interne, certains d'entre eux avaient déjà évoqué une première fois la possibilité, de restaurer le Soviet de Petrograd, pour fédérer ouvriers et soldats, soviet qui avait déjà existé au cours de la révolution de 1905 et dont Léon Trotsky avait à l’époque été le président.

Le 9 février (27 janvier) 1917, des dirigeants du Groupe central des travailleurs avaient par ailleurs été arrêtés sur les ordres du ministre de l'Intérieur, Alexandre Protopopov.

 

Protopopov, ministre de l'Intérieur de Nicolas II

Protopopov, ministre de l'Intérieur de Nicolas II

Ces ouvriers arrêtés furent libérés par une foule de soldats mécontents dans la matinée du 12 mars (27 février) 1917.

Le même jour, une réunion, provoquée à l'initiative de deux mencheviks, K. A. Gvozdev et B. O. Bogdanov, organisait un soviet (conseil). La réunion était convoquée au nom d'un « Comité exécutif provisoire du Soviet des députés ouvriers » au palais de Tauride, qui avait abrité jusqu'alors les réunions de la Douma d'État de l'Empire russe.

L'assemblée –constituante- réunit, dans le plus complet désordre, des députés élus dans les entreprises. Selon certaines sources, 250 personnes étaient présentes, selon d'autres, la plupart étaient de simples curieux. Quarante-cinq personnes, de tendances révolutionnaires différentes (bolcheviks, mencheviks, socialistes, révolutionnaires),  organisèrent néanmoins un Comité exécutif provisoire des députés ouvriers.

Huit ou neuf personnes furent élues à la tête du Conseil : Nicolas Tchkhéidzé (aristocrate géorgien de 53 ans, social démocrate-menchevik), en prit la tête. Il était secondé par 2 vice-présidents, Alexandre Kerenski (alors jeune avocat et leader du parti socialiste révolutionnaire) et M. I. Skobelev (un disciple de Trotsky). Irakli Tsereteli (aristocrate géorgien et qualifié souvent de “socialiste de droite“) participa au comité jusqu'à ce qu'il rejoignit le Gouvernement provisoire.

C'était l'acte de naissance du Soviet (Conseil) de Petrograd, qui, malgré sa direction menchévik, agit comme organe révolutionnaire.  

Comité exécutif - Kerenski - Tchkhéidzé
Comité exécutif - Kerenski - TchkhéidzéComité exécutif - Kerenski - Tchkhéidzé

Comité exécutif - Kerenski - Tchkhéidzé

Premières décisions

Le Comité ayant décidé d'accepter les soldats au soviet (conseil), l’assemblée fut finalement constituée de six cents personnes environ. Elle soutint l’initiative des ouvriers qui avaient entrepris l’organisation de la milice en tant que force armée permanente et désigna des commissaires pour établir le pouvoir populaire dans les quartiers de Pétrograd.

Le soviet expliquait :

"L'ancien régime a conduit le pays à la ruine et la population à la famine. Il était impossible de la supporter plus longtemps et les habitants de Pétrograd sont sortis dans les rues pour dire leur mécontentement. Ils ont été reçus à coups de fusil. Au lieu de pain, ils ont reçu du plomb, les ministres du Tsar leur ont donné du plomb.

Mais les soldats n'ont pas voulu agir contre le peuple et ils se sont tournés contre le gouvernement. Ensemble, ils ont saisi les arsenaux, les fusils et d'importants organes du pouvoir.

Le combat continue et doit être mené à sa fin. Le vieux pouvoir doit être vaincu pour laisser sa place à un gouvernement populaire. Il y va du salut de la Russie.

Afin de gagner ce combat pour la démocratie, le peuple doit créer ses propres organes de gouvernement. Hier, le 27 février, s'est formé un soviet de députés ouvriers composé de représentants des usines, des ateliers, des partis et organisations démocratiques et socialistes. Le Soviet, installé à la douma s'est fixé comme tâche essentielle d'organiser les forces populaires et de combattre pour la consolidation de la liberté politique et du gouvernement populaire.

Le Soviet a nommé des commissaires pour établir l'autorité populaire dans les quartiers de la capitale. Nous invitons la population tout entière à se rallier immédiatement au Soviet, à organiser des comités locaux dans les quartiers et à prendre entre ses mains la conduite des affaires locales.

Tous ensemble, avec nos forces unies, nous vaincrons pour balayer complètement le vieux gouvernement et pour réunir une Assemblée constituante sur la base du suffrage universel, égal, secret et direct."

Et de lancer  l’appel suivant qui s’adressait :

"À la garnison de la région de Petrograd. A tous les soldats de la garde, de l'armée, de l'artillerie et de la flotte, aux fins d'exécution immédiate et rigoureuse, et aux ouvriers de Petrograd, à titre d'information."

" Le Soviet de députés ouvriers et soldats décide :

1/ Dans toutes les compagnies, dans les bataillons, régiments, batteries, escadrons et administrations militaires de toute sorte, et à bord des bâtiments de la flotte de guerre, on choisira immédiatement, par voie d'élection, un comité de représentants parmi les simples soldats des unités militaires ci-dessus indiquées.

2) Dans toutes les unités militaires qui n'ont pas encore choisi leurs représentants au Soviet de députés ouvriers, on élira un représentant par compagnie qui, porteur de certificats écrits, se présentera à la Douma d'État le 2 mars courant, à 10 heures du matin.

3) Dans tous ses actes politiques, l'unité militaire obéit au Soviet de députés ouvriers et soldats, et à ses comités.

4) Les ordres de la Commission militaire de la Douma d'État ne doivent être exécutés que dans les cas où ils ne seront pas en contradiction avec les ordres et les décisions du Soviet de députés ouvriers et soldats.

5) Les armes de tout genre telles que : fusils, mitrailleuses, automobiles blindées, etc. doivent se trouver à la disposition et sous le contrôle des comités de compagnie et de bataillon, et ne seront en aucun cas délivrées aux officiers, même s'ils en faisaient sommation.

6) Dans le rang et pendant le service, les soldats doivent observer la plus stricte discipline militaire; mais en dehors du service et du rang, dans leur vie politique, civique et privée, les soldats ne sauraient être lésés dans les droits dont jouissent tous les citoyens. Notamment le garde-à-vous au passage d'un supérieur et le salut militaire obligatoire sont abolis, hors service.

7) De même sont supprimées les formules décernées aux officiers : Votre Excellence, Votre Noblesse, etc.; elles sont remplacées par : monsieur le général, monsieur le colonel, etc.

Les mauvais traitements de gradés de toute sorte à l'égard des soldats, et notamment le tutoiement, sont interdits; toutes les infractions au présent ordre, ainsi que tous les malentendus dus entre officiers et soldats, ces derniers sont tenus de les porter à la connaissance des comités de compagnie.

Donner lecture de cet ordre dans toutes les compagnies, bataillons, régiments, équipages, batteries et autres services armés et auxiliaires."

LE SOVIET DES DÉPUTÉS OUVRIERS ET SOLDATS DE PETROGRAD

C'est que, comme le nota Léon Trotsky en septembre 1917 dans “l'armée et la Révolution“ :

“Le soulèvement de Mars (...) vint d'un mouvement généralisé de révolte dans l'armée toute entière et dans les masses populaires en général. Et le soulèvement des ouvriers et des paysans était dirigé non seulement contre un tsarisme décadent, incompétent, incapable de mener une guerre qu'il avait lui-même suscitée, mais aussi contre la guerre elle-même.

La rupture radicale que produisit la révolution dans l'esprit et la conduite des soldats menaçait non seulement les buts directement impérialistes de la guerre, mais aussi les instruments même de ces buts, c'est-à-dire la vieille armée, construite sur la théorie des ordres donnés d'en haut et de l'obéissance aveugle dans les rangs.“

Le 14 mars, était lancé l’appel suivant :

Camarades et prolétaires de tous les pays,

Nous, ouvriers russes et soldats, nous vous annonçons le grand événement de la Révolution russe et nous vous adressons nos vœux enflammés…

Notre victoire est une grande victoire de la liberté universelle et de la démocratie. Le Gouvernement russe n’est plus le pilier principal de la réaction universelle et le gendarme de l’Europe…

Consciente de sa force révolutionnaire, la démocratie russe déclare que, de tout son pouvoir, elle s’opposera à la politique de conquête des classes dominantes, et elle appelle toutes les nations de l’Europe à des efforts combinés en vue des démarches en faveur de la paix universelle. Et nous nous adressons aussi à vous, frères prolétaires de la coalition austro-hongroise et, avant tout, au prolétariat germanique. Depuis le commencement de la guerre, on a essayé de vous persuader que, prenant les armes contre la Russie autocratique, vous défendiez la culture de l’Europe contre le despotisme asiatique. Beaucoup d’entre vous ont vu, dans ce fait, la justification de l’appui que vous avez prêté à la guerre. Désormais, ce prétexte n’existe plus ; la Russie démocratique n’est plus une menace à la liberté et à la civilisation…

Nous défendrons énergiquement notre propre liberté contre toutes les tentatives réactionnaires, aussi bien extérieures qu’intérieures. La Russie révolutionnaire ne reculera pas devant les baïonnettes de l’envahisseur et ne se laissera pas écraser par une force extérieure ; nous vous appelons !

Secouez, vous aussi, à notre exemple, le joug de votre pouvoir semi-autocratique… ; n’acceptez plus d’être un instrument de conquête entre les mains de vos rois, de vos propriétaires fonciers et de vos banquiers ; par des efforts combinés, tâchons de mettre fin à ces sanglants massacres qui souillent l’humanité et qui attristent les grands jours de la naissance de la liberté russe. 

Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !

Le journal “Izvestia“ fut choisi comme organe officiel du groupe.

À Moscou, les nouvelles de Petrograd déclenchèrent la grève générale et provoquèrent l'élection d'un Comité révolutionnaire provisoire.

Le Gouvernement provisoire mis en place le 23 mars

Le Gouvernement provisoire mis en place le 23 mars

Mise en place du Comité provisoire

Parallèlement à la constitution de ce soviet, se mit en place un autre organe de pouvoir. Un groupe de députés de la Douma forma, le même jour, un Comité provisoire pour « le rétablissement de l'ordre gouvernemental et public » dont Rodzianko, officier, aristocrate et grand propriétaire terrien, ancien président de la Douma, essaya de prendre la tête. Il entreprit aussitôt des pourparlers avec le pouvoir tzariste mais se heurta à l’opposition du Soviet et dut démissionner deux jours plus tard. Pour ce comité, la priorité était le retour à l'ordre, et d'abord, le retour des soldats mutinés dans leurs baraquements.

Entre ce comité et le Soviet (Conseil) de Petrograd, de longues négociations aboutirent néanmoins à un compromis.

Le soviet (conseil) reconnaissait, en attendant la convocation d'une Assemblée constituante, la légitimité d'un gouvernement provisoire à tendance libérale, composé majoritairement de représentants du Parti constitutionnel démocratique (et ne comptant aucun socialiste dans ses rangs) dont le prince Lvov fut nommé Premier ministre et ministre de l'Intérieur..

Cependant, le gouvernement provisoire de Russie était sommé d'appliquer un vaste programme de réformes démocratiques, fondé sur l'octroi des libertés fondamentales, le suffrage universel, l'abolition de toute forme de discrimination, la suppression de la police, la reconnaissance des droits du soldat-citoyen et une amnistie immédiate de tous les prisonniers politiques.

Ce compromis du 15 mars (2 mars) 1917 marqua la naissance d'un double pouvoir, où s'opposaient deux conceptions différentes de l'avenir de la société russe. D'un côté, le gouvernement provisoire était soucieux de faire de la Russie une grande puissance libérale et capitaliste et d'orienter la vie politique russe sur la voie du parlementarisme. De l'autre, les soviets (conseils)  tentaient d'instaurer une autre façon de faire de la politique, en représentant de manière directe les « masses ».

La fin de 445 ans de tsarisme

Jusqu'à ce compromis, l'incertitude régnait sur l'attitude qu'allaient adopter Nicolas II et les chefs militaires.

Finalement, à la surprise générale, l'État-major fit pression sur l'empereur pour que celui-ci abdique, « afin de sauver l'indépendance du pays et assurer la sauvegarde de la dynastie ».  Le général Mikhaïl Alekseïev, soutenu par les commandants des cinq fronts, le convainquit en soutenant que l'abdication était le seul moyen de poursuivre la guerre contre l'Allemagne.

Le tsar voulut revenir à Petrograd mais ne put dépasser Pskov à presque 300 km de Petrograd. Il y arriva le 14 au soir et fit savoir à Rodzianko par téléphone qu'il était prêt à toutes les concessions si la Douma estimait qu'elles ramèneraient l'ordre dans le pays. La réponse fut : “il est trop tard“.

Le 15 mars (2 mars) 1917, Nicolas II renonça au trône, non en faveur de son fils Alexis Nicolaïevitch, atteint d'hémophilie, mais de son frère, le grand-duc Mikhaïl Alexandrovitch Romanov.

VOICI LE TEXTE DE L'ACTE D'ABDICATION DE L'EMPEREUR :

“Par la grâce de Dieu, nous, Nicolas II, empereur de toutes les Russies, tsar de Pologne, grand-duc de Finlande, etc., etc., à tous nos fidèles sujets faisons savoir :

En ces jours de grande lutte contre l'ennemi extérieur qui s'efforce depuis trois ans d'asservir notre patrie, Dieu a trouvé bon d'envoyer à la Russie une nouvelle et terrible épreuve. Des troubles intérieurs menacent d'avoir une répercussion fatale sur la marche ultérieure de cette guerre obstinée. Les destinées de la Russie, l'honneur de notre héroïque armée, le bonheur du peuple, tout l'avenir de notre chère patrie veulent que la guerre soit conduite à tout prix jusqu'à une issue victorieuse.

Notre cruel ennemi fait ses derniers efforts et le moment est proche où notre vaillante armée, de concert avec nos glorieux alliés, l'abattra définitivement.

En ces jours décisifs pour l'existence de la Russie, nous croyons devoir, pour obéir à notre conscience, faciliter à notre peuple une étroite union et l'organisation de toutes ses forces pour la réalisation rapide de la victoire.

C'est pourquoi, d'accord de la Douma d'empire, nous estimons bien faire, en abdiquant la couronne de l'état et en déposant le pouvoir suprême.

Ne voulant pas nous séparer de notre fils bien-aimé, nous léguons notre héritage à notre frère, le grand-duc Michel Alexandrovitch, en lui donnant notre bénédiction, au moment de son avènement au trône. Nous lui demandons de gouverner en pleine union avec les représentants de la nation siégeant aux institutions législatives, et de leur prêter n serment inviolable au nom de la patrie bien-aimée.

Nous faisons appel à tous les fis loyaux de la Patrie, leur demandant d'accomplir leur devoir patriotique et sacré en obéissant au tsar en ce pénible moment d'épreuve nationale, et de l'aider, avec les représentants de la nation, à guider l'État russe dans la voie de la prospérité et de la gloire. 

Dieu aide la Russie !“

Le Grand Duc Mikhaïl Alexandrovitch Romanov

Le Grand Duc Mikhaïl Alexandrovitch Romanov

Devant la protestation populaire, celui-ci renonça à la couronne le lendemain. Le 16, l’ex tsar était arrêté par le gouvernement provisoire sur demande du Comité exécutif du Soviet de Petrograd…

En quelques jours l'Ancien Régime russe s'était écroulé comme un château de cartes.

C'était, de fait, la fin du tsarisme et les premières élections au soviet (conseil) des ouvriers de Petrograd.

LÉNINE, QUANT À LUI, PENSAIT :

"LA RÉVOLUTION BOURGEOISE,  ÇA, C’EST FAIT ! 

Lénine, lui, depuis son exil en Suisse, analysait déjà que seule la première étape de la révolution, celle qui avait donné le pouvoir à la bourgeoisie, venait de s’accomplir mais que l’on ne pouvait pas accorder de confiance au gouvernement provisoire. Il écrivait dans ses “lettres de loin“ :

« La monarchie tsariste est battue, mais non encore achevée… » (...)

« Le Soviet des députés des ouvriers (…) représentant des intérêts de toutes les masses pauvres de la population, lutte pour la paix, le pain, la liberté. La lutte de ces trois forces détermine la situation actuelle qui marque le passage de la première à la deuxième étape de la révolution. »

Et d’interpeller derechef les vainqueurs :

« Camarades ouvriers, vous avez accompli hier, en renversant la monarchie tsariste, des prodiges d’héroïsme prolétarien. Vous aurez nécessairement, dans un avenir plus ou moins rapproché, (…),  à accomplir de nouveau les mêmes prodiges d’héroïsme pour renverser le pouvoir des grands propriétaires fonciers et des capitalistes.»

Et dès lors, il hâta ses préparatifs pour rentrer en Russie.

Article compilé à partir de différentes sources (Internet = surtout Wikipedia), oeuvres de Lénine, etc.

Commenter cet article

Articles récents

Rue du Blogule Rouge, 17180 Périgny, annonce la couleur : c'est rouge !

Hébergé par Overblog