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Rue du Blogule Rouge Insoumis

Rue du Blogule Rouge Insoumis

Dans la rue du blogule rouge on s'intéresse à toutes les affaires de la cité et des citoyens.

Publié le

En novembre de l'année dernière, des éléments fascistes ont pris le pouvoir en Bolivie avec l'aide des USA et l'assentiment de l'Union européenne...  Comme au Chili en 1973... Mais pourquoi cette fois-ci, les médias refusent-ils de nommer chat un chat et coup d'état un coup d'état, lorsqu'ils commentent le renversement violent d'un gouvernement légitime par une armée passée aux ordres d'une faction ?

Les médias occidentaux  paraissent  désormais totalement inféodés aux intérêts des milliardaires qui les possèdent. Ils ont été incapables, malgré l'évidence, de nommer les évènements pour ce qu’ils sont : un cas d’école de coup d’État. 

Aux USA, les titres tournaient parfois au comique, comme celui de Bloomberg News qui donnait la définition d’un putsch sans en employer le terme (« Morales démissionne après que l’armée lui ait demandé de partir »), tandis que le New York Times se réjouissait ouvertement de la tournure des évènements après avoir titré "Morales se retire suite à une élection contestée".

En France, Le Monde titrait « Après trois semaines de contestation, le président bolivien Evo Morales annonce sa démission », laissant penser à un printemps arabe en Amérique du Sud, tandis que Médiapart estimait Morales « victime de ses contradictions et de son succès ». Peu importaient les 3 morts et 397 blessés relevés par Le Monde, la nature fasciste des putschistes pointée du doigt par Médiapart, les maisons de ministres incendiées et l’ambassade du Vénézuéla envahie par des milices fascistes armées de dynamite (selon Le Monde) ou les dizaines de milliers de manifestants réunis dans les rues  pour dénoncer le coup d’État.

( 14/11/2019 - Blog Lonesome Cow-Boy)

Tous ces médias ont réussi à faire passer l'idée dans l'opinion que les fraudes étaient réelles. Et pourtant ... Ils ne présentent aucune preuve et bien sûr, répéter un mensonge n'en fait pas une vérité ! Mais les médias n'en ont cure et considèrent l'idée comme “acquise“. 

On remarque d'ailleurs, que le thème bolivien est, étrangement, de plus en plus absent de la glose médiatique actuelle. 

Pour une meilleure compréhension des événements qui ont abouti à ce coup d'état, “Rue du Blogule Rouge Insoumis“‘ a réuni ici quelques éléments de base sur la Bolivie :

 

PETIT DOSSIER BOLIVIE

 

GÉOGRAPHIE : éléments de base

La Bolivie est un pays  d'Amérique du Sud, sans accès à la mer, entouré par le Brésil au nord-est, le Paraguay au sud-est, l'Argentine au sud, le Chili au sud-ouest et le Pérou à l'ouest-nord-ouest.

La Bolivie a un territoire  varié, étendu sur 1 098 581 km2 (soit deux fois la France) de la cordillère des Andes, à l'Altiplano, de l'Amazonie au Gran Chaco

Ses principales activités économiques sont l'agriculture, la sylviculture et la pêche, les produits manufacturiers, comme le textile, l'habillement, les métaux raffinés, et le pétrole raffiné. La Bolivie est aussi très riche en métaux comme l'étain, l'argent, ou encore le lithium, nous y reviendrons.

La population bolivienne est multi-ethnique, avec des Amérindiens, des Métis, des Européens, des Asiatiques et des Africains. Elle était évaluée en 2017 à 11 138 234 habitants. 

Le taux d’alphabétisation atteint 96,6 %. En décembre 2008, la Bolivie fut déclarée comme étant le troisième pays latino-américain, après Cuba et le Venezuela, à avoir vaincu l’analphabétisme.

La langue principale est l'espagnol, bien que les langues aymara et quechua soient également fréquentes. La constitution bolivienne de 2009 reconnaît 37 langues officielles 

 

HISTOIRE : quelques repères

Avant la conquête espagnole, les Andes étaient occupées par de nombreuses cultures, dont la plus importante fut la civilisation de Tiahuanaco (aussi écrit tiwanaku), au sud du lac Titicaca et qui aurait perduré 15 siècles pour disparaître au XII ème siècle.

Au XV ème siècle, les Incas intégrèrent une partie de l'actuelle Bolivie dans leur empire.

Colonisation espagnole

Les Espagnols découvrirent à leur arrivée au XVIème siècle (Pizaro acheva la conquête du “Haut Pérou“ -Bolivie actuelle- en 1538 et Potosi fut fondée 10 ans plus tard), une très grande quantité d'argent (dans les mines de Potosí).

La Bolivie fit d'abord partie de la vice-royauté du Pérou avant de passer sous le contrôle de la vice-royauté du Río de la Plata.

Avant l'arrivée des Espagnols, les hauteurs de la Bolivie étaient peuplées de polythéistes (religions incas), mais ces derniers y imposèrent le catholicisme

Indépendance et l'ère des caudillos (1825-1884)

Le territoire de la Bolivie fut une des premières colonies espagnoles à se rebeller. Après la rébellion armée de Tupac Katari (1780-1782), les luttes pour l'indépendance débutèrent en 1809 avec la formation du groupe armé de Pedro Domingo Murillo qui défit l'armée espagnole en 1810 à la bataille de Suipacha.

L'indépendance ne fut cependant acquise qu'en 1825, grâce aux armées de Bolívar, en hommage auquel la Bolivie prit son nom. 

Simon Bolivar

La Bolivie et le Pérou constituèrent alors, sous le nom de Confédération péruano-bolivienne, un seul pays pendant une courte période (1836-1839). La Bolivie connut tout au long du XIXème siècle une période d'instabilité politique, marquée par de fréquents coups d'État et l'intervention répétée de l'armée. 

L'ère des caudillos s'étendit sur une large partie du XIXème siècle. Les premiers caudillos étaient majoritairement issus de la bourgeoisie créole, à l'image des généraux Sucre et Santa Cruz, les seconds, d'origine plus populaire et indigène,  devaient leur position à leur ascension dans la hiérarchie militaire ; ils sont restés célèbres pour leur cruauté et leur gestion approximative des affaires publiques.

Démocratie « restreinte » (1884-1920)

À l'issue des premiers revers de la guerre du Pacifique (1879-1884) menée contre le Chili, la Bolivie se dota en 1880 d'une 11e constitution depuis son indépendance ; en 1884 l'élection du président Gregorio Pacheco  inaugura une nouvelle période politique, caractérisée par l'instauration d'un corps électoral qui resta toutefois restreint. Un parti conservateur et un parti libéral se structurèrent, en s'appuyant respectivement sur l'oligarchie minière de l'argent et de l'étain qui deviendra au début du XXème siècle la principale source de richesse du pays.

Le coup d'État « libéral » de 1899 vit s'imposer durablement cette seconde tendance qui tiendra les rênes du pays jusqu'en 1920. Un système d'instruction publique se développa, accompagné d'un anticléricalisme modéré : le catholicisme perdit en 1906 son statut de seule religion reconnue par l’État et le mariage civil fut adopté en 1911.

Le libéralisme bolivien perdit cependant nettement de son caractère progressiste pour coexister avec les intérêts des nouvelles fortunes de l'étain (l'ère libérale est parfois aussi considérée comme l'ère de l'étain, la production de celui-ci ayant considérablement augmentée), des propriétaires terriens et de l'armée.

Inspiré par l'exemple de la révolution libérale menée par Eloy Alfaro en Équateur, un nouveau libéralisme va s'organiser et manifester quelques préoccupations sociales contre la domination de l'oligarchie libérale.

Le soulèvement de 1920, initié par le Parti républicain, d'inspiration nationaliste, initia une nouvelle période d'instabilité, renforcée par la crise économique consécutive au krach de 1929 ; elle conduisit le président Salamanca à engager son pays dans la très meurtrière guerre du Chaco contre le Paraguay, avec lequel un conflit larvé existait depuis le milieu des années 1920.

La défaite consécutive à la guerre du Chaco ponctua une rétraction constante du territoire bolivien depuis l'indépendance, acquise en 1825. La Bolivie perdit ainsi une grande partie de son territoire et son unique accès à la mer dans la guerre du Pacifique contre le Chili. En 1903, elle vendit par ailleurs la région d'Acre au Brésil par le traité de Petrópolis.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/73/Map_Bolivia_territorial_loss-fr.svg/220px-Map_Bolivia_territorial_loss-fr.svg.png

Les territoires perdus par la Bolivie au fil des conflits qui l'opposèrent à ses voisins.

Mouvement nationaliste révolutionnaire (1952-1964)

La fin de la guerre du Chaco marqua une reprise en main des militaires. Le colonel Toro initia en 1937 la première nationalisation du pétrole en Amérique latine. La période se caractérise surtout par un renouvellement du paysage politique. 

Le Mouvement nationaliste révolutionnaire (Movimiento Nacionalista Revolucionario), fut créé en 1941. Malgré l'opposition de l'armée, il accéda au pouvoir en avril 1952 après une nouvelle période d'instabilité politique. Il octroya le suffrage universel, entama sous la pression paysanne une réforme agraire en 1953 et nationalisa, moyennant de fortes indemnisations, les mines des trois principaux « barons de l'étain » du pays. Sa politique interventionniste s'infléchit progressivement et s'ouvrit largement à l'influence des États-Unis dont l'aide représentait en 1958 le tiers du budget national.

Dictatures militaires (1964-1982)

En 1964, le coup d'État du général Barrientos ouvrit une longue période de dictatures militaires qui ne s'acheva qu'en 1980. 

Le 7 novembre 1966, Ernesto Che Guevara commença une guérilla armée avec la création de l'Armée de libération nationale de Bolivie (Ejército de Liberación Nacional de Bolivia, ELN) pour lutter contre cette dictature soutenue par la CIA, et pour la liberté et l'amélioration des conditions de vie du peuple bolivien. Il fut capturé par des soldats boliviens et assassiné le 9 octobre 1967 à La Higuera  sur ordre de la CIA.

En 1971, Hugo Banzer Suárez, soutenu par la CIA, chassa de force le président Torres lors d'un coup d'État.

Sa dictature fut marquée par l'adoption de la « doctrine de sécurité nationale » qui se traduisait par l'interdiction institutionnalisée de toute activité politique et syndicale. 

Après la chute de Banzer, la Bolivie connut entre 1978 et 1980 trois scrutins présidentiels annulés et six présidents, dont quatre  généraux. 

En juin 1980, alors que le candidat de gauche Hernán Siles Zuazo sortait vainqueur d'un nouveau scrutin, le général Luis García Meza Tejada s’empara du pouvoir (il s'agissait alors du 190e coup d’État depuis l'indépendance). La Centrale ouvrière bolivienne qui tentait d'opposer une résistance au putsch, fut violemment réprimée. Plus d'un millier de personnes furent tuées en moins d'un an.

Cousin de l'un des plus importants narco-trafiquant du pays, Luis García Meza Tejada favorisa la production de cocaïne ce qui conduisit à la rupture des relations diplomatiques avec les États-Unis et contraignit les militaires à soutenir un processus démocratique qui porta, après vingt-deux ans de dictatures quasiment ininterrompues, Hernán Siles Zuazo au pouvoir.

Les libéraux au pouvoir

Les présidents de droite qui se succèdèrent à partir de 1985 suivirent une politique conforme à l'orthodoxie des institutions financières internationales : lutte contre l'inflation, réduction du déficit budgétaire, réduction du périmètre du secteur nationalisé furent les contreparties d'un réaménagement de la dette du pays.

En 2000, un gisement de gaz naturel, estimé à 1,58 milliard de mètres cubes, fut découvert dans la région de Tarija et  privatisé. Des manifestations contre les hausses de prix ayant suivi la privatisation furent durement réprimées (80 morts et 500 blessés). Leur ampleur contraignit le président Sánchez de Losada à démissionner en octobre 2003.

L'arrivée au pouvoir de Carlos Mesa ne stabilisa pas une situation sociale explosive. En juillet 2004, sous la pression du Mouvement vers le socialisme (MAS) du syndicaliste paysan Evo Morales, Mesa organisa un « référendum du gaz » au cours duquel la population se prononça en majorité pour une nationalisation des hydrocarbures. Devant l'opposition du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque mondiale et des multinationales, Mesa déclara que cette loi était « impossible » à mettre en œuvre. 

Le 6 juin 2005, à la suite de nombreuses manifestations, Carlos Mesa démissionna, laissant sa place au chef du Tribunal suprême, Eduardo Rodríguez. Les mouvements populaires, essentiellement indiens, continuèrent de réclamer (entre autres) la re-nationalisation des réserves de pétrole et de gaz du pays, exploitées par des firmes américaines ou européennes.

Évo Morales

Evo Morales remporta l'élection présidentielle de 2005 avec 53,7 % des voix contre son concurrent et ex-président de la Bolivie Jorge Quiroga. il devint alors le premier président bolivien d'origine amérindienne depuis le mandat d'Andrés de Santa Cruz y Calahumana (1829-1839). 

Les élections législatives furent remportées par le MAS, le parti présidentiel. 

NATIONALISATIONS

Le 1er mai 2006, Evo Morales annonça la nationalisation des hydrocarbures et la renégociation de tous les contrats des entreprises étrangères dans un délai de 180 jours. L'objectif était que 82 % des revenus des hydrocarbures soient réservés à l'État. La compagnie nationale Yacimientos Petrolíferos Fiscales Bolivianos (YPFB) devint ainsi la seule instance autorisée à commercialiser les hydrocarbures. Cette initiative affecta au premier chef la société brésilienne Petrobras.

AVANCÉES SOCIALES

Les revenus dégagés par ces nationalisations permirent de financer plusieurs mesures sociales : 

  • Minimum vieillesse pour les personnes âgées de plus de 60 ans.
  • Prise en charge complète des frais médicaux aux femmes enceintes et à leur(s) enfant(s) afin de combattre la mortalité infantile.
  • Aide versée jusqu’à la fin du secondaire aux parents dont les enfants sont scolarisés 
  • Système unique de santé qui depuis 2018 offre à tous les Boliviens la gratuité des soins médicaux.

ÉCONOMIE DYNAMIQUE

Les réformes adoptées  firent du système économique bolivien le plus réussi et le plus stable de la région. 

Entre 2006 et 2019, le PIB  passa de 9 milliards à plus de 40 milliards de dollars, le salaire réel  augmenta, le PIB par habitant  tripla, les réserves de change furent en hausse, l’inflation fut pour l'essentiel éliminée, et l’extrême pauvreté  chuta, passant de 38 % à 15 %, ce qui constitue une baisse de 23 points.

NOUVELLE CONSTITUTION FAVORABLE AUX “PEUPLES PREMIERS“

Une nouvelle constitution fut adoptée par voie de référendum le 25 janvier 2009, à 58,7 %. L'esprit de cette Constitution était affiché dans son préambule qui mettait en exergue les valeurs des peuples indigènes de Bolivie et remettait en cause « l'État colonial, républicain et néolibéral au profit d'un État unitaire social de droit plurinational communautaire ». 

LES REVENDICATIONS AUTONOMISTES DE LA BOURGEOISIE

Les réformes économiques et constitutionnelles mises en œuvre par la majorité présidentielle rencontrèrent de vives résistances au sein des élites économiques créoles du croissant est du pays,  concentrant les richesses gazières boliviennes. Ces dernières ont, depuis le début des années 2000, traduit leur opposition au pouvoir central par des revendications autonomistes, portées par un ensemble d'organisations dont le Comité civique de Santa Cruz fut l'une des plus actives. 

Un référendum portant sur un statut d'autonomie régionale, et déclaré illégal par le pouvoir central, se tint en mai 2008 dans le département de Santa Cruz à l'initiative de son préfet, Ruben Costas.

En réponse à ce qui pouvait apparaître comme une remise en cause de sa légitimité électorale, le président Morales  décida de remettre son mandat en jeu lors d'un référendum, le 10 août 2008. Morales gagna ce référendum avec 67 % des voix, bien que certains médias d'opposition aient laissé entendre de possibles fraudes de la part de membres du MAS. Les sondages à la sortie des urnes effectués par des instituts d'enquête privés, pour le compte de ces mêmes journaux, donnaient toutefois sensiblement le même résultat (entre 62 et 64 %).

LES DROITS DE LA TERRE-MÈRE (PACHAMAMA)

En décembre 2010, sous l’impulsion des communautés locales andines et du président Evo Morales, la Bolivie  introduisit une « Loi des droits de la Terre Mère  » qui accordait des droits à la nature, à l’instar des droits de l’homme.

LE COUP D'ÉTAT DE NOVEMBRE 2019

En novembre 2019, une crise éclata dans le cadre d’une contestation des résultats officiels des élections générales d'octobre  proclamant la réélection d’Evo Morales, dont le parti était parvenu à revenir judiciairement sur le référendum de 2016 interdisant au chef de l’État de briguer un quatrième mandat. 

Des manifestations menées notamment par le Comité civique de Santa Cruz se déroulèrent dans plusieurs villes contrôlées par le MAS. Au cours de ces troubles, trois personnes trouvèrent la mort.

Après la conclusion de l’enquête de l’Organisation des États américains faisant état de fraudes, Evo Morales annonça la tenue de nouvelles élections, mais l'armée le somma de démissionner. Il quitta le pays, tout comme le vice-président, en dénonçant un coup d'État. 

Après la démission d’autres personnalités amenées à succéder à Morales dans l’ordre protocolaire, Jeanine Áñez, deuxième vice-présidente du Chambre des sénateurs, s’auto-proclama présidente de la République. Des manifestations éclatèrent dans les régions majoritairement indigènes et furent réprimées par l’armée et la police, provoquant des dizaines de morts.

 

Voici un film des principaux événements depuis 2005 

2005 (18 décembre) : Évo Morales est élu pour la première fois élu président de Bolivie (avec 53,7% des voix).

2006 : Nationalisation des hydrocarbures et re-négociation des contrats des entreprises étrangères

2008 : Referendum illégal organisé par le comité de Santa Cruz pour obtenir un statut d'autonomie régional. Le Comité de Santa Cruz (aujourd'hui dirigé par Fernando Camacho) organisa alors des manifestations violentes des élites urbaines qui, s'affrontant aux partisans de Morales (paysannerie indigène) firent des dizaines de morts.

2009 : Nouvelle constitution adoptée à 58,9%

2009 : Réélection de Morales avec 64,1% des voix

2010 : Loi des droits de la Pachamama ( Terre-Mère)

2014 : Réélection de Morales avec 61,4% des voix

2016 : Referendum pour modifier la constitution. En cause, une disposition instaurée par la constitution de 2009 qui limitait à deux le nombre de candidatures à la présidence autorisé. La proposition de modification fut rejetée par 51,5% des voix (ce qui signifiait qu'une part des électeurs de Morales faisait partie du camp des “non“).  

Morales décida alors de rechercher des solutions légales pour contourner ce refus.

2017 (novembre) : Le tribunal constitutionnel bolivien estima que le droit à briguer librement une fonction, droit inscrit dans la constitution bolivienne, était supérieur aux limites qu'elle pourrait imposer par ailleurs et valida donc la participation de Morales aux élections d'Octobre 2019. (Cette décision explique l'érosion du vote Morales au premier tour des élections d'octobre 2019 par rapport aux précédentes). Si le non respect du résultat d'un referendum ou son contournement légal justifiait un coup d'état, bien d'autre états dans le monde seraient alors concernés !

2019 (octobre) : Le soir du 20 octobre, Morales remportait un score suffisant pour être réélu dès le premier tour des élections générales.

Une insinuation de fraude électorale suite à l’arrêt durant quelques heures du décompte des voix effectué par le tribunal électoral de Bolivie jeta pourtant le doute sur la légalité de cette victoire.

Le lendemain des élections, l’opposant de droite Carlos Mesa contestait les résultats et défendait l’idée d’un second tour. Alors que les partisans et les opposants d’Evo Morales commençaient à battre le pavé, c’est l’intervention de l’OEA (Organisation des États Américains, aux ordres de Washington) qui mit définitivement le feu aux poudres. Le président de la délégation de l’OEA pour la Bolivie en appelait à un second tour dans les plus brefs délais. Cette déclaration fut rapidement reçue comme une légitimation de l’opposition de droite et de ses actions d’intimidation et de déstabilisation à l’égard du camp  d’Evo Morales .

Pour le comprendre, il faut revenir sur les allégations de fraude électorale. Le soir de l'élection, comme le veut l'usage, le gouvernement publia les estimations provisoires et non officielles, qui évoluaient au rythme des dépouillements, et les résultats officiels et définitifs. En début de soirée, les chiffres provisoires donnaient Morales en tête, mais avec une marge insuffisante pour éviter un second tour. Cependant, au fur et à mesure que parvenaient les résultats des campagnes qui votaient majoritairement Morales, les marges augmentèrent progressivement.

Lorsque le décompte atteignit 80% des dépouillements, le gouvernement suspendit le décompte provisoire avant de basculer vers le décompte officiel. Entre temps, Morales avait atteint un avantage décisif (il faut d'après la loi bolivienne une marge de 10% d'écart), laissant l'impression que l'élection était truquée alors que l'augmentation de l'écart était conforme à la tendance comme l'expliqua à Washington le CEPR (Center for Economic and Policy Research). Les résultats finaux étaient bien conformes également aux sondages !

C'est pourtant sur la base de cet écart, purement technique et prévisible que l'opposition a crié à la fraude. Son principal leader n'avait-il pas annoncé avant les élections qu'il ne reconnaitrait le résultat que s'il gagnait ?

Les dirigeants américains lui ont emboîté le pas dès le lendemain via Twitter, avant que l'OAS, une ONG d'observation des élections financée à 60% par les États-Unis et basée à Washington, n'allégua des irrégularités, sans en fournir la moindre preuve.

2019 (octobre) : À Sucre, le 22 octobre, une poignée d'opposants de droite mit le feu au tribunal électoral.

À Vinto, petite ville du centre, Patricia Arce, maire massiste fut intégralement repeinte en rouge et traînée dans la rue par des opposants déchaînés.

La maire MASiste de Pinto Patricia Arce maltraitée par des opposants de Morales © CTV news

 

2019 (novembre) : le 10 novembre 2019, c'est finalement le général Kaliman, commandant en chef de l'armée bolivienne qui intima à Morales de partir. Celui-ci se réfugia immédiatement dans le Chaparé, avant de partir en exil pour le Mexique, puis l'Argentine, via Cuba (pour un check-up de santé).

Une sénatrice d'extrême droite, Janine Alvez prit alors le pouvoir.

Les partisans de Morales continuèrent de manifester mais la répression fut enclenchée. Elle fera plusieurs dizaines de morts.

12 novembre 2019

17 novembre 2019

L'analyse de Maurice Lemoine, journaliste spécialiste de l'Amérique latine, est toujours pertinente et particulièrement intéressante :

Cependant, les acteurs, boliviens ou non, complices du coup d'état, sont de mieux en mieux connus et, sans surprise, le rôle de la CIA apparaît de plus en plus clairement. 

C5N, une télévision argentine, ne s'y est pas trompée et explique le déroulement de ce coup d'état et ses liens avec la CIA en évoquant les révélations faites par le site “Behind  back doors“ :

En espagnol...

"Le coup d'état contre le président de la Bolivie, Evo Morales, est  ce que Langley (siège central de la CIA) réserve aux pays d'Amérique Latine qui ne lui plaisent pas“, alertait “Behind Back Doors.“

 

Le site “Behind Back Doors“ (Par les Portes de derrière) a en effet publié une liste des espions de la CIA qui ont eu un rôle important dans l'exécution du coup d'état contre Morales. Dans l'article intitulé “après le coup d'état“, se détachent par exemple, parmi les principaux espions, les généraux boliviens Williams Kaliman, Yuri Calderon et Romulo Delgado.

 

En novembre, l'article de Black Doors intitulé “l'intervention des États-Unis contre la Bolivie, première partie“, détaillait (et anticipait -l'article est daté du 12 novembre 2019, avant le coup d'état) les étapes suivies, comme s'il s'agissait d'un scénario.

 

 

 

Voici ces deux articles (écrits en anglais - et traduit en espagnol pour le deuxième).

 

Quant aux raisons profondes qui ont poussé les impérialistes à chasser Morales, il ne faut pas aller bien loin pour les trouver ! La Bolivie possède un peu de pétrole, un peu d'étain mais surtout, voilà une de ses principales richesses, celle qui fait baver d'envie les multinationales :

 

le lithium !

Selon l'estimation de l'United States Geological Survey, le salar d'Uyuni recèle 5,5 millions de tonnes de lithium exploitables sur les 11 millions de tonnes que compte toute la planète.

Ces réserves de lithium, composant essentiel des batteries électriques, sont actuellement au centre de conflits entre gouvernement et multinationales.

Le salar d'Uyuni fait partie du “triangle du lithium“, entre le salar d'Atacama au Chili et le salar del Hombre Muerto en Argentine, qui concentre 70% des réserves mondiales de lithium.

On ne compte d'ailleurs plus les articles qui le mentionnent. En voici quelques-uns :

Des guides touristiques :

Ou des articles se voulant plus “sérieux“ :

RFI confirme l'importance du lithium dans cet article de 2016 de Reza Nourmamode qui suinte le mépris. D'après lui, la Bolivie rêve. Elle ferait mieux d'écouter Juan Carlos Zuleta, “expert reconnu du lithium qui conseille les multinationales“ et de céder l'exploitation à Bolloré ou à Mitsubishi, qui, comme Tesla, lorgnent sur le pactole !

Car il y a aussi Tesla :

 

Evo Morales lui-même confirme le rôle du lithium dans le golpe qui l'a renversé dans cette interview exclusive au journal l'Humanité.

Qui est la présidente actuelle de facto de la Bolivie ?

Jeanine Anez, aura 53 ans en août 2020. Mariée à un à un homme politique colombien ayant des liens avec des groupes para-militaires colombiens (Hector Hernando Hincapie Carvajal), elle est directrice d'une chaîne de télévision (Totalvision). Sénatrice depuis 2010 pour le département de Beni (Nord, près de la frontière brésilienne), elle représente un parti ultra-minoritaire, le Mouvement social démocrate. La tradition voulant que chaque parti soit représenté à la vice-présidence du Sénat, elle est élue deuxième vice-présidente en 2015.

Raciste, elle écrit en 2013 sur Twitter : “Je rêve d'une Bolivie libérée des rites sataniques autochtones, la ville n'est pas aux Indiens, ils feraient mieux d'aller dans les hauts plateaux ou à El Chaco“. Elle qualifie aussi Évo Morales de “pauvre Indien accroché au pouvoir“.

Après le départ d'Évo Morales pour l'exil, la “démission“ du Vice-Président Alvaro Garcia Linera, celle du président de la Chambre des Députés, Victor Borda, ainsi que celle du premier vice-président de la Chambre des Sénateurs, Ruben Medinace, elle s'auto-proclame présidente de la République. La présidente du Sénat, Adriana Salvatera, troisième dans l'ordre constitutionnel de succession, n'a pas démissionné mais “on“ l'a empêchée d'accéder au Parlement. Comme d'ailleurs, les autres membres du MAS. Le quorum n'est donc pas atteint et le Parlement ne peut ratifier les décisions de Jeanine Alvez. Qu'importe, elle se proclame malgré ça présidente par intérim jure sur la bible de ramener la Bolivie dans le giron de l'Église catholique et dans la foulée, elle est reconnue comme telle par les USA et l'UE.  

Il ne lui reste plus qu'à déclarer Morales en accusation pour corruption, fraude électorale et plus, à rompre les relations diplomatiques avec Cuba et le Vénézuela, renvoyer les médecins cubains chez eux, renouer avec Israel et les USA, ...  et à ouvrir la chasse aux ex-ministres, aux partisans du MAS, aux pauvres et aux “Indiens“.Elle se brouille aussi avec le Mexique et même avec l'Espagne qu'elle accuse de protéger les partisans de Morales.

Quant aux élections, elle promet que ce sera avant janvier puis avant juin 2020. Elle revient sur sa promesse de ne pas être candidate et au contraire fait interdire Morales et tente d'interdire aussi au MAS d'y participer.

On peut lire l'histoire exhaustive de ce coup d'état sur “Le blog de Sam La Touche“, ci-dessous :

Enfin, voici une annonce du 1 mars 2020 venue du MIT (Massachusetts Institut of Technology) qui  détruit la thèse des fraudes lors des élections présidentielles d'Octobre 2019. 

Elle est suivie d'un article de Renaud Lambert dans le Monde diplomatique à propos des événements de Bolivie qu'il faudra bien  un jour qualifier de coup d'état !

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