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Rue du Blogule Rouge Insoumis

Rue du Blogule Rouge Insoumis

Dans la rue du blogule rouge on s'intéresse à toutes les affaires de la cité et des citoyens.

Publié le par ruedublogulerougeinsoumis

Pourquoi Jean-Luc Mélenchon a-t-il, dimanche 16 mai 2021, cherché la difficulté en choisissant  comme lieu de son premier meeting en plein air de la campagne électorale pour les élections présidentielles de 2022, la localité d'Aubin dans l'Aveyron, si difficile d'accès depuis les grandes métropoles ? 

Ce n'était pas un bain de foule que recherchait le candidat de la France insoumise, même si environ 800 personnes, venues surtout d'Occitanie mais aussi de la France entière, s'étaient rassemblées, stoïques sous une pluie insistante et par moments battante.

C'était plutôt un bain politique pour enfin se retrouver entre militants d'un programme, celui de la FI, l'Avenir en commun, et parler du plein emploi et de “comment réparer le pays ?“,  livré totalement depuis 30 ans aux desiderata des oligarques.

C'était aussi bien sûr, un bain de symboles des luttes ouvrières, puisque c'était en effet ici même, que, le 8 octobre 1869, des soldats de Napoléon III, fraîchement recrus et issus pour la plupart du monde paysan, majoritaire dans la population de l'époque, avaient tiré sur des mineurs (hommes, femmes et enfants) assemblés sur le plateau des forges du Gua pour y chercher le soutien de leurs frères métallurgistes.

Il y eut 22 blessés (dont trois mortellement) et 14 morts dont une femme et un enfant de 7 ans !

Le massacre d'Aubin

Mines et forges d'Aubin étaient exploitées par la compagnie de chemin de fer de Paris-Orléans depuis 12 ans. Ce charbon de médiocre qualité se vendait assez mal, disait la compagnie. 

C'est alors que fut signé le traité de commerce franco-britannique de 1860. C'était un traité de libre-échange abolissant les barrières douanières. il avait mis en concurrence le charbon anglais avec la production locale, aggravant ainsi la concurrence déjà importante au niveau national.

Du coup, malgré des conditions de travail particulièrement dures, les salaires proposés par la compagnie étaient particulièrement bas.

Une cinquantaine de mineurs se mirent en grève le 6 octobre 1869, espérant imiter leurs homologues de Decazeville qui avaient arraché quelques augmentations 2 ans auparavant. Le 7, la grève s'était généralisée et 400 manifestants s'étaient déjà heurtés à la troupe sans que la violence ne dépasse le stade des menaces. Le lendemain, ce furent 1400 personnes, dont des femmes et des enfants qui manifestèrent. Des objets en métal, des briques furent lancés sur les soldats qui, obéissant aux ordres, tirèrent dans la foule. 

Le retentissement fut considérable dans tout le pays et même à l'étranger. Des journalistes, des hommes politiques (Jules Ferry) firent le déplacement en Aveyron.

Émile Zola s'inspirera de ces assassinats pour décrire la fusillade à la fin de Germinal et Victor Hugo produira deux poèmes évoquant Aubin.

Prenez donc le temps de relire ces extraits du chapitre 4 de la sixième partie de Germinal où Zola décrit  l'affrontement qui finira par une fusillade et un massacre de mineurs  :

 "Tous jetaient le même cri, Maheu et Levaque disaient furieusement aux soldats :

- Allez-vous-en ! nous n'avons rien contre vous, allez-vous-en !

- Ça ne vous regarde pas, reprenait la Maheude. Laissez-nous faire nos affaires.

Et, derrière elle, la Levaque ajoutait, plus violente : 

- Est-ce qu'il faudra vous manger pour passer ? On vous prie de foutre le camp !

Même, on entendit la voix grêle de Lydie, qui s'était fourrée au plus épais avec Bébert, dire sur un ton aigu :

- En voilà des andouilles de lignards !

Catherine, à quelques pas, regardait, écoutait, l'air hébété par ces nouvelles violences, au milieu desquelles le mauvais sort la faisait tomber. Est-ce qu'elle ne souffrait pas trop déjà ? quelle faute avait-elle donc commise, pour que le malheur ne lui laissât pas de repos ? La veille encore, elle ne comprenait rien aux colères de la grève, elle pensait que lorsqu'on a sa part de gifles, il est inutile d'en chercher davantage ; et, à cette heure, son coeur se gonflait d'un besoin de haine...

...Mais il y eut dans la foule une longue secousse, et une vieille femme déboula. C'était la Brûlé, effrayante de maigreur, le cou et les bras à l'air, accourue d'un tel galop que des mèches de cheveux gris l'aveuglaient.

- Ah ! nom de Dieu, j'en suis ! balbutiait-elle, l'haleine coupée. Ce vendu de Pierron qui m'avait enfermée dans la cave !

Et, sans attendre, elle tomba sur l'armée, la bouche noire, vomissant l'injure.

- Tas de canailles ! tas de crapules ! ça lèche les bottes de ses supérieurs, çà n'a de courage que contre le pauvre monde !

Alors, les autres se joignirent à elle, ce furent des bordées d'insultes.

...

...bientôt il n'y eut plus qu'une clameur : " A bas les pantalons rouges !" Ces hommes qui avaient écouté, impassibles, d'un visage immobile et muet, les appels à la fraternité, les tentatives amicales d'embauchage,  gardaient la même raideur passive, sous cette grêle de gros mots. Derrière eux, le capitaine avait tiré son épée ; et, comme la foule les serrait de plus en plus, menaçant de les écraser contre le mur, il leur commanda de croiser la baïonnette. Ils obéirent, un double rangée de pointes d'acier s'abattit devant les poitrines des grévistes. 

- Ah ! les jean-foutre ! hurla la Brûlé en reculant.

Déjà, tous revenaient, dans un mépris exalté de la mort. Des femmes se précipitaient, la Maheude et la Levaque clamaient : 

- Tuez-nous, tuez-nous donc ! Nous voulons nos droits.

Levaque, au risque de se couper, avait saisi à pleines mains un paquet de baïonnettes, trois baïonnettes, qu'il secouait, qu'il tirait à lui, pour les arracher ; et il les tordait, dans les forces décuplées de sa colère, tandis que Bouteloup, à l'écart, ennuyé d'avoir suivi le camarade, le regardait faire tranquillement.

- Allez-y, pour voir, répétait Maheu, allez-y un peu, si vous êtes de bons bougres !

Et il ouvrait sa veste, et il écartait sa chemise...

...

La position des soldats devenait critique ...

Leur petite troupe, une poignée d'hommes, en face de la marée montante des mineurs, tenait bon cependant, exécutant avec sang froid les ordres brefs donnés par le capitaine....

Cependant, à chaque minute, le capitaine se tournait vers la route de Montsou. Les renforts demandés n'arrivaient pas, ses soixante hommes ne pouvaient tenir davantage. Enfin il eut l'idée de frapper l'imagination de la foule, il commanda de charger les fusils devant elle. Les soldats exécutèrent le commandement, mais l'agitation grandissait, des fanfaronnades et des moqueries.

...

Mais une bousculade se produisit... Les soixante, acculés au mur, le fusil chargé, firent de nouveau face à la bande.

...

Ce fut la Brûlé qui se campa la première. Elle cassait les briques sur l'arête maigre de son genou, et de la main droite et de la main gauche, elle lâchait les deux morceaux.

...

Mais la grêle de briques devenait plus drue, les hommes s'y mettaient, à l'exemple des femmes.

..

Sous cette rafale de pierres, la petite troupe disparaissait. Heureusement, elle tapait trop haut, le mur en était criblé. Que faire ? ...

...

Trois fois, le capitaine fut sur le point de commander le feu. Une angoisse l'étranglait, une lutte interminable de quelques secondes heurta en lui des idées, des devoirs, toutes ses croyances d'homme et de soldat. La pluie des briques redoublait, et il ouvrait la bouche, il allait crier : Feu ! lorsque les fusils partirent d'eux-mêmes, trois coups d'abord, puis cinq, puis un roulement de peloton, puis un coup tout seul, longtemps après, dans le grand silence.

Ce fut une stupeur. Ils avaient tiré, la foule béante, restait immobile, sans le croire encore. Mais des cris déchirants s'élevèrent, tandis que le clairon sonnait la cessation du feu. Et il y eut une panique folle, un galop de bétail mitraillé, une fuite éperdue dans la boue.

Bébert et Lydie s'étaient affaissés l'un sur l'autre, aux trois premiers coups, la petite frappée à la face, le petit troué au-dessus de l'épaule gauche. Elle, foudroyée, ne bougeait plus. Mais lui, remuait, la saisissait à pleins bras, dans les convulsions de l'agonie, comme s'il eut voulu la reprendre...

...Les cinq autres coups avaient jeté à bas la Brûlé et le porion Richomme. Atteint dans le dos, au moment où il suppliait les camarades, il était tombé à genoux ; ...

Mais alors le feu du peloton balayait le terrain, fauchait à cent pas les groupes de curieux qui riaient de la bataille. Une balle entra dans la bouche de Mouquet, le renversa, fracassé, aux pieds de Zacharie et de Philomène, dont les deux mioches furent couverts de gouttes rouges. Au même instant, la Mouquette recevait deux balles dans le ventre...

Étienne n'avait pas été tué. Il attendait toujours, près de Catherine tombée de fatigue et d'angoisse, lorsqu'une voix vibrante le fit tressaillir. C'était l'abbé Ranvier, qui revenait de dire sa messe, et qui, les deux bras en l'air, dans une fureur de prophète, appelait sur les assassins la colère de Dieu. Il annonçait l'ère de justice, la prochaine extermination de la bourgeoisie par le feu du ciel, puisqu'elle mettait le comble à ses crimes en faisant massacrer les travailleurs et les déshérités de ce monde.

 

Victor Hugo, particulièrement ému par ce drame , écrivit deux poèmes : Le passant la passante et Misère :

LE PASSANT, LA PASSANTE

— Quel âge as-tu ?

— Seize ans.

— De quel pays es-tu ?
— D’Aubin.

— N’est-ce pas là, dis-moi, qu’on s’est battu ?
— On ne s’est pas battu, l’on a tué.

— La mine.
Prospérait.

Quel était son produit ?

— La famine.
— Oui, je sais, le mineur vit sous terre, et n’a rien.
Avec la nuit de plus, il est galérien.
Mais toi, faisais-tu donc ce travail, jeune fille ?
— Avec tout mon village et toute ma famille,
Oui.

Pour chaque hottée on me donnait un sou.
Mon grand-père était mort, tué du feu grisou.
Mon petit frère était boiteux d’un coup de pierre.
Nous étions tous mineurs, lui, mon père, ma mère,
Moi.

L’ouvrage était dur, le chef n’était pas bon.
Comme on manquait de pain, on mâchait du charbon.
Aussi, vous le voyez, monsieur, je suis très maigre ;
Ce qui me fait du tort.

— Le mineur, c’est le nègre.
Hélas, oui !

— Dans la mine on descend, on descend.
On travaille à genoux dans le puits.

C’est glissant.

Il pleut, quoiqu’on n’ait pas de ciel.

On est sous l’arche
D’un caveau bas, et tant qu’on peut marcher, on marche ;
Après on rampe ; on est dans une eau noire ; il faut
Étayer le plafond, s’il a quelque défaut ;
La mort fait un grand bruit quand tout à coup elle entre ;
C’est comme le tonnerre. On se couche à plat ventre.
Ceux qui ne sont pas morts se relèvent.

Pas d’air.
Chaque sape est un trou dont un homme est le ver.
Quand la veine est en long, c’est bien ; quand elle est droite,
Alors la tâche est rude et la sape est étroite.
On sue, on gèle, on tousse ; on a chaud, on a froid.
On n’est pas sûr si c’est vivant tout ce qu’on voit.
Sitôt qu’on est sous terre on devient des fantômes.
— Les pauvres paysans qui vivent sous les chaumes
Respirent du moins l’air des cieux.

— On étouffait.
— Pourquoi ne pas vous plaindre aussi ?

— Nous l’avons fait.
Nous avons demandé, ne croyant pas déplaire,
Un peu moins de travail, un peu plus de salaire.
— Et l’on vous a donné, quoi ?

— Des coups de fusil.
— Je m’en souviens, le maître a froncé le sourcil.
— Mon père est mort frappé d’une balle.

— Et ta mère ?
— Folle.

— Et tu n’as plus rien ?

— Si. J’ai mon petit frère.
Il est infirme, il faut qu’il vive de façon
Que j’ai mendié, mais on m’a mise en prison.
Je ne sais pas les lois, mais on me les applique.
— Que fais-tu donc alors ?

— Je suis fille publique.

Et dans cette ode à la misère, Hugo explique que la misère des uns ne va pas sans l'opulence des Riches : 

 MISÈRE

 

Partout la force au lieu du droit.

L’écrasement

Du problème, c’est là l’unique dénouement.

Partout la faim.

Roubaix, Aubin, Ricamarie.

La France est d’indigence et de honte maigrie.

Si quelque humble ouvrier réclame un sort meilleur,

Le canon sort de l’ombre et parle au travailleur.

On met sous son talon l’émeute des misères.

L’Afrique agonisante expire dans nos serres.

Là tout un peuple râle et demande à manger.

Famine dans Oran, famine dans Alger.,

— Voilà ce que nous fait cette France superbe. !

Disent-ils.

— Ni maïs, ni pain. Ils broutent l’herbe.

Et l’arabe devient épouvantable et fou.

On rencontre, une femme au fond de quelque trou,

Accroupie, et mangeant avec un air étrange. .

— Qu’est-ce que tu, fais là ? 

Hé bien, j’ai faim, je mange.

— Ton chaudron sur le feu fume, qu’as-tu dedans ?

Ces os, que l’on entend crier entre tes dents.

Cette chair qu’en grondant ronge ta bouche amère,

Qu’est-ce ?

C’est un enfant que j’avais, dit la mère. 

Les déclamations ne prouvent rien ; soyons

Impartiaux ; cette ombre est-elle sans rayons ?

Vous passez votre temps à dire que l’on souffre

Partout, et que partout on pleure, et qu’en un gouffre

On gémit, comme un tas d’affamés sur l’écueil,

Et vous criez :

Tout est misère et tout est deuil

Tout est misère et deuil ?

Quelle erreur- est la vôtre !

Ah çà, vous ne voyez qu’un côté !

Voyez l’autre.

Jouissance et splendeur.

Doit-on, en vérité,

Montrer l’adversité sans la prospérité ?

Ce contrepoids ôté fausse votre balance.

Oui la détresse là, mais ici l’opulence.

Soyons justes.

Voyez.

Plaisirs, bals, volupté,

Luxe, et l’hiver le Louvre, et Compiègne l’été :

Oui, faites approcher vos vers les plus féroces :

Oseront-ils nier ces palais, ces carrosses,

Ces festins ?

Est-ce là de la misère enfin ?

Est-ce qu’en cette fête éternelle on a faim ?

En ne montrant jamais que l’indigence, on triche.

Vous étalez le pauvre, eh bien, voyons ce riche.

Qu’en dites-vous ?

Parlez.

Est-il assez complet ?

Il a ce qu’il convoite, il fait ce qui lui plaît.

Ses désirs sont noyés dans le faste lyrique.

Ah ! je voudrais bien voir que votre rhétorique

Contestât cette aisance auguste, et s’escrimât

A prouver que ce luxe est d’un mince format,

Que cette argenterie est reprochable, et manque

Du poids qui la ferait recevoir à la banque,

Que ces cochers ne sont point gras, que ces jockeys

Montent, mal galonnés, des chevaux peu coquets,

Et que ces millions, ruisselant sur ces tables

En ivresses sans fin, ne sont pas véritables ? 

Reconnaissez qu’ici l’on ne manque de rien.

On s’est fait tout-puissant pour être épicurien.

On est un homme heureux.

C’est doux.

Pas de rebelles.

On est le Jupiter d’un Olympe de belles.

On a Biarritz ; veut-on varier le tableau ?

Après la mer, les bois ; on a Fontainebleau.

Chasses, danses, galas, petits jeux sous les.treilles,

Rougissantes beautés sous les grappes vermeilles ;

Puis course au bois ; on fut en décembre vainqueur,

Et l’on rêve, et l’on sent pénétrer dans son cœur

Le pur soleil des champs, des fleurs, des prés, des vignes,

L’azur des clairs étangs et la blancheur des cygnes.

H. H. Décembre.

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Domi17 22/05/2021 12:18

fière d'avoir été parmi les 800 stoïques à braver les intempéries !
fière d'avoir participé à ce premier meeting de campagne présidentielle.
idée géniale d'avoir ouvert le rideau de fond de la scène : le cadre et la verdure encadraient l'orateur.

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