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Rue du Blogule Rouge Insoumis

Rue du Blogule Rouge Insoumis

Dans la rue du blogule rouge on s'intéresse à toutes les affaires de la cité et des citoyens.

Publié le par ruedublogulerougeinsoumis
Éoliennes dans le vent de la discorde

Faut-il désormais ranger les éoliennes au rang des mythes de la transition énergétique, comme depuis longtemps, le mythe d'Éole a été remisé au rang des croyances farfelues des religions antiques ?

Pourtant, l'éolien est l’une des formes d'électricité les moins polluantes et les plus compétitives dont nous disposons et la France a d’autant plus intérêt à développer cette énergie qu’elle a la chance de disposer d’un potentiel exceptionnel, bénéficiant de plusieurs régimes de vent et d’une façade maritime conséquente. 

S'il représente aujourd'hui 8% de l'électricité produite en France, l’éolien (terrestre + maritime),  d'après le scénario de l'association NégaWatt, devrait fournir d’ici 2050 près de la moitié de l’électricité dont nous avons besoin et la grande majorité des scénarios, en France ou dans le monde, désignent l’éolien comme une des principales sources d’électricité dans l’avenir.

D'autre part, l'énergie éolienne est renouvelable, ne nécessite aucun carburant, ne crée pas de gaz à effet de serre, ne produit pas de déchets toxiques ou radioactifs. En luttant contre le changement climatique, elle participe donc à long terme au maintien de la biodiversité des milieux naturels. 

Quels sont donc les griefs formulés à son encontre qui pourraient la condamner ?

Éoliennes dans le vent de la discorde

Contestations de plus en plus virulentes

En France surtout, depuis quelques temps, la contestation autour de l'implantation des éoliennes se généralise et le débat se radicalise.

De très nombreuses associations se constituent pour empêcher leur construction. Souvent, les membres de ces associations camouflent leur désapprobation d'une implantation jugée trop proche de chez eux derrière des revendications très écologistes en apparence, telles que : “défendre l'environnement et protéger les espaces naturels, le patrimoine bâti, la qualité des paysages, des sites et du patrimoine“.

Les pétitions fleurissent.

Des partis politiques, en instrumentalisant ces revendications, les ont même intégrées dans leurs promesses électorales et on retrouve par exemple dans la profession de foi du Rassemblement National pour les élections régionales en Nouvelle Aquitaine, ces deux phrases péremptoires : “L'éolien est une aberration économique et écologique. Nous l'arrêterons.“

 

Éoliennes dans le vent de la discorde

Si tu veux tuer ton chien, ne dis-tu pas qu'il a la rage ?

Les éoliennes sont régulièrement affublées de nombreux maux :

Ça fait du bruit.

Ça tue les oiseaux.

Ça détruit les paysages.

Ça ne fonctionne que s'il y a du vent et il faut compléter avec d'autre sources d'énergie, par exemple des centrales à charbon très polluantes.

Ça n'est pas éternel et il faut un jour les “déconstruire“.

Ça a une “empreinte carbone“ plus importante qu'on ne croit.

Seules les grandes multinationales font des profits avec les éoliennes.

L'électricité éolienne coûte plus cher.

Examinons donc un par un ces reproches adressés à l'éolien :

Bruit - Il est dû au frottement de l'air sur les pâles. S'il est de 100 décibels au niveau du rotor, il n'est plus que de 35 décibels à 500 m, ce qui correspond à peu près au bruit émis par une conversation chuchotée. 

Cependant, si le bruit mesuré en décibels est parfois couvert par celui du vent, les infrasons et les basses fréquences se propagent sur une grande distance.

Il n'est pas invraisemblable, par ailleurs, que des progrès conséquents soient accomplis dans un futur proche par les constructeurs pour diminuer encore ce bruit, grâce à l'amélioration des matériaux utilisés et à un meilleur profilage des pâles.

Rappelons que la réglementation actuelle impose un éloignement de 500 mètres des habitations. Rien n'interdirait de la faire évoluer. L'Académie de Médecine proposait d'ailleurs en 2006 (non adopté)  une distance minimum entre éolienne et habitation de 2,5 km . Elle est de 2 km en Finlande et la Bavière impose 10 fois la hauteur de l'éolienne.

Éoliennes dans le vent de la discorde

Guillotine à oiseaux - S'il est exact que les pâles des éoliennes sont responsables de la mort de trop nombreux oiseaux, ce n'est pas non plus l'hécatombe annoncée par certains. 

L’estimation de la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) varie entre 0,3 et 18,3 oiseaux tués par an par éolienne. Ces résultats sont comparables aux résultats d’études réalisées aux Etats-Unis (5,2 oiseaux) et au Canada (8,2 oiseaux).

Voilà qui est bien loin de l'impact des pesticides ou de la chasse ou de la destruction des habitats naturels ! 

En 2018, par exemple, 46 cadavres de milans royaux ont été découverts sur le territoire français par le Réseau Milan Royal. La plupart ont été victimes d'empoisonnement ou de tirs de chasseurs, 4 sont morts électrocutés à cause du réseau des lignes électriques aériennes et 3 seulement ont été victimes d'une collision avec une éolienne.

Des études effectuées en Norvège ont aussi démontré qu'il était possible de diminuer drastiquement la mortalité due aux pales, simplement en en  peignant une en noir.

MilansMilans

Milans

Destruction des paysages - C'est sans doute l'argument paraissant le plus évident aux anti-éoliens. C'est ici plus le nombre parfois imposant de ces éoliennes dans un même espace qui est en question plutôt que l'architecture particulière d'une éolienne.

Remarquons que les moulins à vent qui recouvraient autrefois la France  sont rarement critiqués.

Et n'est-il pas curieux de constater l'absence de critiques quant à l'esthétique des pylônes supportant les lignes à haute tension ?

Éoliennes dans le vent de la discordeÉoliennes dans le vent de la discorde

Fonctionnement intermittent - En réalité, les éoliennes fonctionnent 80 à 90% du temps, même si ce n'est pas toujours à pleine puissance. Pour palier à leur intermittence, des solutions existent ! 

Pour exploiter et stocker les productions excédentaires des éoliennes, il est possible par exemple  de les coupler à des installations de pompage-turbinage au sein de centrales hydro-éoliennes : une partie de l'électricité générée est envoyée sur le réseau pour alimenter les consommateurs, l'excédent est utilisé pour pomper l'eau vers une retenue d'altitude. Lors des périodes de vent faible, l'eau de la retenue est turbinée dans une centrale hydroélecterique et stockée dans une retenue basse ; l'électricité ainsi obtenue est envoyée sur le réseau.

 

 

Éoliennes dans le vent de la discorde

Dé-construction - Figurez-vous qu'un jour il faudra dé-construire chaque éolienne et la remplacer !

Évidemment !

Les éoliennes sont cependant des machines fiables qui nécessitent peu de maintenance et qui peuvent durer jusqu'à 30 ans. C'est effectivement 10 ans de moins que la durée de vie programmée d'une centrale nucléaire ! Et même s'il est possible que le socle de béton servant de base à l'éolienne soit résiduel (ça dépendra des lois adoptées), il n'y a pas de déchets radioactifs  à enfouir !

Éoliennes dans le vent de la discordeÉoliennes dans le vent de la discorde

Empreinte carbone - Les grandes pâles sont réalisées en matériaux composites à base de fibre de verre ou de carbone et une résine époxy ou polyester. Les plus petites utilisent parfois d'autres matériaux comme l'aluminium ou même le bois lamellé. Aucun de ces composants ne présente de danger immédiat pour la santé ou l'environnement, ni avant, ni après l'exploitation des éoliennes qui sont recyclables à plus dez 90%, y compris maintenant les pâles.

Seules certaines technologies d'éoliennes utilisent des terres rares (6% du parc installé en France en 2019. Attention aux terres rares cependant. Mais l'enjeu est-il spécifique aux éoliennes ?

Tout comme les panneaux solaires, les éoliennes produisent peu de CO2.

Cependant, ses critiques ont raison et il faut prendre en compte le bilan carbone de leur fabrication, de leur maintenance et de leur déconstruction.

Eh ! bien ! D'après l'ADEME (Agence de la Transition Écologique), qui a étudié le bilan carbone des éoliennes durant tout leur cycle de vie, il est relativement faible.

Les éoliennes terrestres produisent 12,7 g de CO2 eq / KWh. C'est 14,8 g de CO2 eq / KWh pour les éoliennes maritimes.

En comparaison, les centrales à charbon produisent 1000 g de CO2 eq / KWh, le pétrole 840 g de CO2 eq / KWh et le gaz naturel 469 g de CO2 eq / KWh.

 

 

Centrale à charbon

Centrale à charbon

Construction et exploitation Concernant l'éolien terrestre, de grands industriels privés dominent les marchés. Ce sont GE Wind aux États-Unis d'Amérique, Enercon, Senvion et Nordex en Allemagne, Suzlon en Inde et Goldwind, United Power et Mingyang en Chine.

L'éolien en mer, lui, reste aux mains d'une minorité d'acteurs, tels que Siemens Wind qui truste 80% du marché.

Quant aux exploitants, la situation est variable selon les pays.

Il est donc tout à fait exact de dire que seules les multinationales profitent vraiment des éoliennes, même si des retombées fiscales existent pour les collectivités locales concernées ou même pour les propriétaires des champs (6000€ environ par éolienne et par an) dans lesquelles elles sont implantées. Nous vivons dans un monde libéral, ce n'est pas une découverte.

Éoliennes dans le vent de la discorde

Chère électricité ? - L'argument massue du Rassemblement national est en réalité un mythe dépassé. Le coût des énergies renouvelables et notamment de l'éolien diminue au fil de leur développement, les rendant aujourd'hui largement compétitives par rapport à d'autres sources d'énergie. Notons aussi les nombreux emplois qu'elles peuvent générer dans les territoires.

Le coût de production de l'électricité des centrales nucléaires serait proche de 120€ le MWh, si on intègre tous les coûts (hors déchets nucléaires cependant, dont on ne sait toujours pas quoi faire).

Celui de l'éolien terrestre serait plutôt autour de 82€ le MWh, même si l'éolien maritime est -encore- plus élevé, à 180€ le MWh.

 

Éoliennes dans le vent de la discorde

Éolien marin - Tout comme sur terre, les éoliennes marines, flottantes ou non, suscitent aussi des oppositions virulentes. Elles se basent surtout sur les mêmes arguments qui viennent s'ajouter aux inquiétudes des pêcheurs sur l'impact sur les poissons et sur les zones de plus en plus grandes interdites à la navigation. 

Pourtant, si une éolienne terrestre peut fournir jusqu'à 2 MégaWatts, il faut en compter 5 pour une éolienne en mer. L'intérêt n'est donc pas à démontrer.

Éoliennes dans le vent de la discorde

Mythe et mystification Imaginons un instant que la tempête anti-éolienne l'emporte contre toute rationalité au bénéfice de la mythification des inconvénients supposés de l'éolien et de la mystification des riverains qui ne se sont d'ailleurs jamais autant mobilisés contre les centrales nucléaires, peut-être en portant l'un de ses soutiens à l'Élysée.

Faudra-t-il abandonner l'éolien ? Il faudrait alors mettre en chantier, pour compenser le manque, quelques nouvelles centrales nucléaires. Comme elles ne produiront leurs premiers KWh que dans quinze ans et entretemps la consommation ayant augmenté, malgré les progrès de l'efficacité énergétique, il faudra avoir recours à nouveau aux énergies fossiles.

Sauf à rouvrir nos centrales à charbon, nous serons alors obligés de construire à toute vitesse des centrales à gaz et d'augmenter fortement nos importations de gaz naturel. Et davantage encore si les travaux permettant d'assurer la poursuite du fonctionnement de certaines centrales nucléaires existantes s'avèrent trop chers, ou impossibles à réaliser dans les délais.

Ce serait donc un retour massif aux combustibles fossiles, l'abandon de tout espoir de maîtriser les changements climatiques, la trahison encore plus grande des engagements pris à Paris en 2015, un retour de flammes au goût de cendres.

Face à la crise climatique et plus largement à la crise écologique, nous avons besoin de construire un nouveau système fondé sur une consommation beaucoup plus raisonnable des ressources et une mobilisation des énergies qui n'épuisent plus les stocks géologiques. L'éolien doit y contribuer !

 

 

 

le dieu Éole

le dieu Éole

Propositions constructives ?

Ne faut-il pas cependant tenir compte de la multiplication des projets et de la densification de certains sites, suscitant en réaction un rejet viscéral de l'éolien dans une partie de la population ?

Certains proposent, pour répondre à la contestation grandissante, de développer la participation des riverains. Entendez, associer davantage à leur construction, les habitants concernés par les projets de parc éolien.

Pourtant, les constructeurs se plaignent déjà de la longueur des procédures qui parfois peuvent prendre jusqu'à sept ans !

D'autres proposent même, carrément, de décréter un moratoire sur les projets, pour convaincre par le débat (c'est le cas, récemment, de Daniel Chuillet, parlant au nom de la France insoumise, en Aunis).

Mais n'est-ce pas là le prix à payer pour une réelle démocratie qui ne soit pas que représentative et le plus directe possible ?  Il faut convaincre, mais si ce n'est pas le cas, renoncer à certains projets. 

 

Éoliennes dans le vent de la discorde
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