Les dix erreurs de Madame Royal
L’élection à la députation d’Olivier Falorni dans la 1ère circonscription de Charente-Maritime a fait couler beaucoup d’encre et déchaîné des passions. Les accusations de Ségolène Royal et de ses partisans à l ‘encontre de leur ancien camarade sont basées sur l’origine droitière de certains votes (75% des électeurs de droite auraient, selon eux, voté Falorni).
Cependant n’oublient-ils pas avec facilité au moins deux choses ?
La première est que Falorni n’a pas sollicité les suffrages de la droite, ayant toujours proclamé son soutien à Hollande et ne s’est engagé à rien d’autre que de continuer à être de gauche. En votant pour lui, des électeurs de droite n’ont fait que se rallier à un homme de gauche, même si leur motivation était de contrer une figure nationale du PS. Bien des électeurs de gauche ont aussi voté pour lui.
La deuxième est que Ségolène Royal n’avait pas hésité entre les deux tours de la présidentielle de 2007 à solliciter les votes centristes et à proposer à François Bayrou un poste de premier ministre si elle était élue. Elle ne parlait pas alors de trahison de la Gauche.
D’autre part et bien que Ségolène Royal et ses partisans ne l’admettent pas, la candidate a commis trop d’erreurs lors de la campagne des élections législatives pour attirer un vote majoritaire des Rochelais. Les électeurs se sont sentis dépossédés de leur droit de choisir dès le début et ils ont refusé qu’on leur dicte leur conduite.
Il n’y a qu’à suivre le déroulement chronologique des événements pour découvrir au moins dans dix erreurs des causes de bon sens à l’échec de Madame Royal.
Erreur n°1
Maxime Bono ne souhaitant pas se représenter, désigne lui-même son successeur comme député de La Rochelle : ce sera Ségolène Royal. Ce faisant, il utilise une méthode d’Ancien Régime pour l’investiture d’un fief.
MD (Message délivré) : « Les Rochelais ? Ils voteront ce que leur maire leur dit ».
Erreur n°2
Un autre candidat, Olivier Falorni, secrétaire départemental du PS de Charente-Maritime, ambitionnant de présenter sa candidature devant les socialistes comme cela s’est fait partout ailleurs, le PS national décide que la circonscription sera réservée à une femme.
MD : « Taisez-vous, Monsieur Falorni ! »
Erreur n°3
Olivier Falorni ayant décidé de continuer sa résistance en proposant d’inverser sa candidature avec sa suppléante, Patricia Friou, le PS national décide qu’il n’y aura pas de vote des militants et que la circonscription sera réservée directement à Ségolène Royal. S’il se maintient, Falorni sera exclu du PS.
MD : « Taisez-vous camarades socialistes rochelais ! »
Erreur n°4
Aussitôt investie de cette manière par le PS, Ségolène Royal explique que son véritable but est de briguer « le perchoir », la présidence de l’Assemblée Nationale.
MD : « Élisez-moi, Rochelais, mais mon avenir est à Paris ! »
Erreur N°5
Ségolène Royal qui ne connaît personne à La Rochelle en dehors du maire, vient se montrer dans différentes manifestations ou spectacles, s’y fait admirer comme une « rock star », une diva, se laisse photographier, mais refuse de participer aux débats organisés avec les autres candidats. Elle y délègue cependant son suppléant, qui est lui, rochelais. Elle prétend attendre le deuxième tour pour débattre, n’imaginant pas que son opposant serait Olivier Falorni.
MD : « Le débat entre quidams locaux, ce n’est pas de mon niveau, je suis au-dessus de ça, habituée à mieux ! »
Erreur n°6
Après les résultats du 1er tour, comprenant que la partie va devenir très difficile pour elle au second, elle perd ses nerfs et somme Falorni de se retirer, alors qu’elle resterait ainsi la seule candidate. Son entourage se met au diapason : Bono explique qu’il lui avait échappé depuis dix ans que Falorni était un adjoint incompétent et trop souvent absent. Une plainte en justice est déposée pour une simple affiche apposée sur la porte de l’appartement de Royal, ce qu’elle considère comme une agression. Ses fans se déchaînent sur les réseaux sociaux et utilisent un vocabulaire désobligeant pour qualifier Falorni : « méthode ignoble », « dégoût », « honteux », « pourri d’orgueil », « indigne »…
MD : « Voilà pour qui vous votez et vous ne valez pas mieux ! »
Erreur n°7
Face à la défaite envisagée par les sondages d’entre deux tours, pour éteindre l’incendie Falorni et dire aux Rochelais comment mieux voter, on fait venir à La Rochelle le premier ministre en personne accompagné de la secrétaire nationale du PS et d’une ministre Europe-Écologie-les Verts en exercice.
MD : « Taisez-vous électeurs rochelais de gauche, nous on sait ce qui vous convient ! »
Erreur n°8
On demande à tous les élus locaux de gauche, qui sont plus partagés qu’on ne le dit sur cette candidature, d’afficher officiellement leur soutien unanime à Royal et de présenter l’ancien secrétaire socialiste comme le candidat de la droite. Les « mougeons », comme on dit sur Facebook, obtempèrent (parfois un « mougeon » est 50% mouton, 50% pigeon, 100% élu local), prenant ainsi date pour des règlements de compte post-électoraux fratricides.
MD : « C’est pour décider à votre place que vous nous avez élus, alors obtempérez, c’est elle qu’il vous faut et sinon, vous n’aurez plus de subventions, na ! »
Erreur n°9
Après le deuxième tour et l’écrasante victoire de Falorni, Royal et ses soutiens continuent de n’y voir qu’une victoire de la droite et à expliquer leur défaite par la cause moralisante de la traîtrise de Falorni.
MD : « La vraie Gauche, c’est nous, le PS officiel, c’est nous, nous sommes infaillibles ! »
Erreur n°10
À la question des journalistes à Ségolène Royal « Avez-vous commis des erreurs pour cette candidature ? » elle répond en substance : « Non, aucune ». Les électeurs se sont trompés.
MD : « Je suis infaillible ! »
Au total, tous les messages délivrés tendaient à montrer aux électeurs qu’ils avaient tort de vouloir un représentant local tandis qu’on leur proposait une figure nationale, sous entendant aussi que les relations personnelles joueraient un plus grand rôle dans l’efficacité de la fonction que les attributions officielles elles-mêmes de cette fonction. En refusant de débattre sur le fond avec les autres candidats, Ségolène Royal enlevait elle-même à cette élection son enjeu politique et la réduisait à un duel de personnalités. Et c’est à ce jeu là, qu’elle a perdu.
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